Boris MIKHAILOV
Introduction
Boris Mikhaïlov
(1938, Kharkov, Ukraine / travaille à Kharkov, Ukraine, et à Berlin, Allemagne)
Boris Mikhaïlov est considéré comme le photographe le plus important et le plus influent de l'ancienne Union soviétique. Contrairement à bon nombre de représentants de sa génération, tels Ilya Kabakov et Eric Boulatov, qui ont quitté l'Ukraine pour s'installer à Moscou assez tôt dans leur carrière, puis ont émigré assez rapidement en Occident, Boris Mikhaïlov a vécu et travaillé dans la discrète ville de Kharkov jusque tard dans les années 90. Il est toujours resté fidèle au vaste arrière-pays quasi oublié de l'Union soviétique. Aujourd'hui encore, bien qu'habitant Berlin, il retourne séjourner régulièrement dans sa ville natale.
Après une formation en ingénieur technique, Mikhaïlov s'est tourné vers la photographie autour de 1965. Le KGB découvre qu'il utilise l'appareil photographique de son employeur pour réaliser des nus de sa femme et Mikhaïlov perd son emploi. Il s'installe alors en tant que photographe indépendant. C'est ainsi que, durant des années, il répondra à des commandes d'agrandissements et retouches de clichés et autres photos de famille que les clients accrocheront ensuite aux murs de leur salle de séjour, tels des ersatz de tableaux. Largement accepté, ce travail de retouche, photoshop avant la lettre, provoquait chez chacun le sentiment que la « vérité » photographique pouvait être manipulée sans entrave, une conviction confirmée par les pratiques du régime communiste d’alors.
À l’époque, le régime soviétique spécifiait également que les photographes ne pouvaient prendre de photos de sites d'importance stratégique, placer l'appareil plus haut que le deuxième étage des immeubles, réaliser des photos susceptibles de nuire à la réputation ou à la gloire de l'URSS ni des photos de nus. Boris Mikhaïlov a officiellement respecté les deux premières exigences, mais de façon subtilement critique ; quant à la troisième, il ne s'en est jamais préoccupé.
A partir des années 60, Boris Mikhaïlov a créé une liste impressionnante de séries thématiques. Ces séries diffèrent très fort les unes des autres. L'une possède une dimension plus documentaire-historique, tandis qu'une autre est plus conceptuelle, ou révèle le sens de l'humour de Boris Mikhaïlov. Tout cela rend son œuvre très riche et diversifiée. À ce propos, le photographe a pu dire qu'une grande quantité d'images, de séquences et de séries, lui est indispensable car une telle diversité lui permet de remettre en question la valeur d'une vision ou perception uniques. On retrouve manifestement ici l'angoisse innée de l'artiste, surtout lorsqu'il est issu de l'ancienne Union Soviétique.
Bon nombre des séries de Mikhaïlov sont proches de ce que, en Occident, nous appelons la « photographie documentaire ». L'artiste s'y fait anthropologue, observateur de la dynamique interne d'un groupe. Boris Mikhaïlkov reste très attentif à la question morale, à la position éthique inconfortable adoptée en tant qu'artiste: « Que peut se permettre un photographe ? Comment agir en tant qu'artiste ? J'étais très conscient du fait que photographier la misère que je voyais autour de moi et que je ne pouvais ignorer constituait une obligation professionnelle et civique. D'autre part, je comprends aussi la critique traditionnelle selon laquelle on ne peut utiliser la souffrance d'autrui. »
Au cours de sa carrière de plus de 40 ans, Boris Mikhaïlov a participé à un nombre impressionnant d'expositions et a reçu de nombreux prix. Il a notamment exposé au MoMA - Museum of Modern Art, New York (1993 et 2011), au Portikus, Francfort (1995), à la Kunsthalle Zürich (1996), à la DAAD-Galerie, Berlin (1997), au Stedelijk Museum, Amsterdam (1998), au Sprengel Museum, Hanovre (1998, 2007, 2011 et 2013), au Centre National de la Photographie, Paris, et au Musée d'Art moderne de Ljubljana (1999), à la Tate Modern, Londres, et au Fotomuseum Winterthur (2003), à l'Institute of Contemporary Art, Boston, MA (2004), au Centre de la Photographie, Genève (2005), aux Biennales de Venise (2007, Pavillon de l'Ukraine) et de Sydney (1996 et 2000) et à la Berlinische Galerie, Berlin (2012). En 2014, il a participé à la Manifesta 10 de Saint-Pétersbourg.
En 2000, Boris Mikhaïlov a reçu le Hasselblad Foundation International Award in Photography pour l'ensemble de son œuvre. En janvier 2015, il est récompensé par le prestigieux Kaiserring Prize de la ville allemande de Goslar.